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Aubagne - Exposition Evénement 2010

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Chapelle des Pénitents Noirs

Du vendredi 7 mai 2010 au dimanche 27 juin 2010 à Aubagne

"De l’art à la musique"
Un monde de musiques
Collections André Gabriel


« Les hommes n’existent que par leurs œuvres ».
Claude Lévi-Strauss

L’instrument de musique est conçu pour émettre des sons, pour supplanter ou se superposer à la voix humaine depuis la lointaine époque des origines, mais observons cet objet par lui-même en oubliant un court instant sa fonction musicale.

On se trouve confronté à une symphonie de formes, où volumes et décors se continuent à l’infini en fonction de critères identifiants, de tous ordres, dépendant des mythes, légendes, croyances, esthétiques, sensibilités, savoir-faire…

L’instrument de musique s’affirme doublement comme objet sonore et comme témoignage esthétique.
Comme un objet de culte, il véhicule le mystère de l’invisible, de l’inexplicable.
Il fait l’objet d’un respect partagé par la communauté car il constitue, inconsciemment, une des passerelles entre le monde visible et invisible. Il évolue dans un contexte où la musique est un méta-langage, elle a une fonction plus fortement rituelle qu’esthétique, à ce titre elle échappe au phénomène de mode car elle s’inscrit dans l’éternité d’un dialogue permanent avec une présence informelle.

La notion de beauté qui prévaut dans la vision de la culture occidentale n’a pas la même exclusive dans les autres civilisations. La perception de la beauté-fonction établie pour s’entretenir avec les esprits n’est pas si éloignée que celle que pouvait définir Kant * au siècle des Lumières.

Pour le philosophe, le jugement du goût est esthétique, il est la conscience de la fusion, de l’appropriation de la nature à l’homme, il est le symbole du bien moral.
Un instrument bien fait renseignant, par ses contours, de ses attributs culturels, peut élever le sens moral et artistique de ceux qui le voient et l’entendent.

* Critique de la faculté de juger (1790).

Le rapport à la nature est constant dans ces objets d’une façon identifiable ou implicite :

  • A. Les instruments relevant d’une esthétique non figurative ont un plan symétrique fondé sur la géométrie, la pureté de la forme aboutie, équilibrée, belle dans son architecture.
    Le violon, le luth (oud), la cloche, appartiennent à cette catégorie.
    Notons que ces formes n’ont plus évolué depuis des siècles ce qui semble démontrer qu’elles sont parvenues à un degré d’aboutissement, de perfection où se fondent intimement l’harmonie des contours et des sons.
    Un luthier averti imagine, à la seule observation d’un instrument, ce que peut être la qualité de sa sonorité et sa valeur.
  • B. Les instruments traditionnels ou populaires d’Europe ou du monde obéissent plus largement à une esthétique naturaliste car les règles à respecter sont davantage culturelles que formelles.
    • 1. L’anthropomorphisme
      L’Homme, à l’exemple du Doryphore de Polyclète (-440av JC), illustre le « canon » que constitue la théorie des justes proportions. Offrir ces règles à un objet est lui conférer la perfection.
      Un certain nombre de tambours d’Afrique, des vièles à archet d’Inde ou de poteries pré-colombiennes font référence à ce canon universel qui est inscrit dans la mémoire collective et dans la genèse : Dieu fît l’Homme à son Image. Sous-entendant que Dieu est perfection.
    • 2. Zoomorphisme
      Le bestiaire décoratif n’a pas de limite d’autant qu’il peut s’élargir à la tératologie, aux chimères, aux animaux légendaires, aux bestiaires mystiques (en Inde, en Indonésie avec Garuda, en Afrique avec le Corniforme du guli…).
      On va rencontrer le cheval en Mongolie, le Dragon et le Phémix en Asie, le Tatou en Bolivie, le serpent en Australie…
    • 3. Phytomorphisme
      La référence au monde végétal est elle aussi constante. Les plantes sont évidemment décoratives mais également symboliques. La présence du laurier sur certaines cloches, celle du lotus, ou du bambou dépasse très largement le simple souci d’agrémenter ou de remplir un espace. Il faut alors s’ouvrir à l’herméneutique.

Tout serait bien trop simple et schématique si l’on devait s’arrêter à cette proposition de classement.

En effet, beaucoup d’instruments présentés dans cette exposition peuvent appartenir à deux ou trois des catégories précédemment caractérisées.

Entre archétype et prototype il faut bien proposer un choix, contestable à l’évidence, mais nécessaire à n’en point douter, au risque de déplaire à Emmanuel (Kant).

Visiteur, cette exposition est tienne ; il dépend de toi-même, de ton jugement esthétique, de la recomposer idéalement dans ton esprit !

Visites commentées de l’exposition par André Gabriel  :

- mercredi 19 mai à 18h30, visite précédée par une conférence à la méditathèque Marcel Pagnol à 17h

- samedi 19 juin à 18h30, visite précédée par une conférence à la méditathèque Marcel Pagnol à 17h

- mercredi 23 juin à 18h30

>>> Vidéo de la visite : http://www.dailymotion.com/video/xd...

- Voir en ligne : Ville d’Aubagne

Vièles à archet Tambour à fente Embrym

Mise à jour le 28 novembre 2011  | Tout droit réservé Arts et Musiques en Provence 2008 - 2011
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